2008 |

Une mécanique donnée à voir

Une mécanique donnée à voir

Les thèses illustrées défendues à Louvain en juillet 1624 par Grégoire de Saint-Vincent S.J

Jean Dhombres, Patricia Radelet de Grave
Turnhout,  Brepols, De diversis Artibus,  [2008], 559 p.

En 1624, quelques mois après l’accession de Urbain VIII au trône de Saint Pierre, plusieurs espéraient un infléchissement de la condamnation de 1616 visant à interdire l’enseignement du mouvement de la Terre autour du Soleil. Était de ceux-là l’inspirateur des thèses de 1624, le jésuite Grégoire de Saint-Vincent, né à Bruges : il avait d’ailleurs activement participé à la séance du Collège Romain lorsque Galilée en 1611 avait commenté ses observations au télescope de planètes comme Saturne, et fait « murmurer les philosophes » ainsi que le commente Grégoire lui-même. Les thèses de 1624 montrent une extraordinaire représentation de Saturne. Voilà un exemple parmi bien d’autres des surprises de ces thèses. Onze chapitres, suivis d’une bibliographie, organisent l’enquête sur les thèses, celles-ci étant présentées et traduites au chapitre IX. On commence par présenter le document, et les problèmes qu’il pose aussitôt à l’historien. Puis on choisit de parler du moment même des thèses, de l’imaginaire des hommes de cette période, et des positions épistémologiques des thèses, tant pour le texte que pour les images. Vient l’enquête sur les acteurs des thèses, et deux récits possibles, le récit historique de la journée des thèses, et le récit scientifique du contenu. À ce point on peut entrer d’une part dans la tradition des thèses universitaires, d’autre part dans la tradition du livre illustré. Ce qui, à partir des travaux des historiens de la mécanique, permet d’aboutir à une discussion sur la place de ces thèses dans une histoire qui a tant servi à constituer les diverses philosophies des sciences, dont le positivisme. Après la traduction proposée, il convient de revenir à titre de justification sur le détail de chaque théorème et de chaque vignette, et de terminer par le vocabulaire même des thèses. Cette démarche est tout le contraire de la démarche dogmatique si naturelle à l’histoire des sciences, discipline dont il faut se rappeler qu’elle doit beaucoup au positivisme. Si l’enquête dans les textes et les images s’avère beaucoup plus longue que les courtes thèses, le plaisir n’est-il pas au final de retrouver la cohérence d’un des mondes du baroque à l’aube de la science moderne ? L’intérêt est en particulier de surprendre la façon dont un intellectuel issu d’un ordre religieux connu pour son obéissance disciplinaire, parvient malgré la rigoureuse orthodoxie récemment mise en place, à raisonnablement donner sa place à une nouvelle imagination, sans entrer en dissidence mais sans céder, cherchant sans aucun doute à libérer la pensée religieuse de la pensée scientifique, et s’aidant alors de la pensée toute profane d’un peintre d’emblèmes.

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