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Journée d'études - Disettes. Rhétoriques, savoirs et régulations de la pénurie (XVIIe-XIXe siècle)

Jeudi 28 juin 2018, 9h-17h30 − Centre Alexandre-Koyré (salle de séminaire, 5e étage) − 27 rue Damesme, 75013 Paris

Journée d'études - Disettes. Rhétoriques, savoirs et régulations de la pénurie (XVIIe-XIXe siècle)

Journée d’études organisée avec le soutien du LabEx HASTEC, du Centre Alexandre-Koyré et du Centre de Recherches Historiques.

Organisation

Romain Grancher (LabEx HASTEC/EHESS, CAK), Alice Ingold (EHESS, CRH) et Marie Thébaud-Sorger (CNRS, CAK/Maison française d’Oxford).

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Argumentaire

Longtemps associé dans l’historiographie à la seule question des grains, le terme « disette » apparaît doté d’un champ d’application beaucoup plus vaste dans les sources de l’Ancien Régime et de la période postrévolutionnaire. Il s’étend en effet bien au-delà du seul domaine frumentaire, ou même alimentaire, pour englober une large gamme de situations caractérisées par la rareté momentanée, ou la raréfaction en cours, d’une « ressource » – qu’il s’agisse de matières premières d’origine naturelle (« disette de bois », « disette d’or », « disette d’eau », « disette de gibier », « disette de poisson », etc.), de produits agricoles et manufacturés (« disette de fourrage », « disette d’engrais », « disette de laine », « disette de monnaie », etc.) ou encore de catégories de la population (« disette d’ouvriers », « disette de marins », « disette de nourrices », « disettes de prêtres », etc.).

La diversité des emplois du mot « disette » invite ainsi à opérer des rapprochements entre des objets de recherche assez éloignés les uns des autres, et c’est la raison pour laquelle cette journée d’études se veut d’abord un lieu de dialogue, à partir de la question transversale de la pénurie, entre des historiennes et des historiens s’inscrivant dans des champs historiographiques distincts, allant de l’histoire environnementale à l’histoire économique, en passant par l’histoire du travail et l’histoire des sciences et des techniques. Proposant de décloisonner l’étude des phénomènes (réels ou supposés) de rareté des hommes et des choses pour les envisager de manière globale, cette rencontre est organisée autour de trois principaux axes de comparaison, afin de faire ressortir à la fois les spécificités propres et les caractéristiques communes aux différents cas de disette présentés.

 

1) Les rhétoriques de la pénurie

Nous souhaiterions tout d’abord prêter attention aux rhétoriques de la pénurie, autrement dit à tous les discours consistant à déplorer une situation de pénurie chronique ou à alarmer sur les risques d’une pénurie à venir. La résurgence, à l’échelle de toute l’Europe et au long de plusieurs siècles, de ces discours souvent très formalisés, voire stéréotypés, a déjà fait l’objet de travaux importants (à propos de la disette du bois notamment), mais il s’agira ici de les envisager à partir d’un questionnaire commun :

- Dans quels contextes peut-on repérer l’émergence de tels discours ?

- Comment ces rhétoriques de la pénurie circulent-elles d’un texte à l’autre et d’un lieu à l’autre ? Est-il possible de repérer des variations à la fois dans le temps et dans l’espace ?

- Par quels acteurs sont-elles mobilisées et à quelles fins ?

 

2) Les savoirs et les mécanismes de la pénurie

L’un des objectifs de la journée sera de parvenir à réinscrire cette analyse des discours tenus par les contemporains sur la rareté et la raréfaction des ressources dans une réflexion plus générale sur la construction des savoirs relatifs à la pénurie et à ses mécanismes naturels, économiques, sociaux et politiques.

Dans cette optique, nous voudrions accorder une attention particulière aux catégories employées par les acteurs pour penser la rareté. En français, par exemple, le terme « pénurie » tend à supplanter progressivement le terme « disette » au cours des XVIIIe-XIXe siècles et il serait intéressant de déterminer si, d’une part, ce changement d’ordre lexical traduit un changement plus profond, d’ordre conceptuel, dans la façon d’appréhender les situations de rareté et si, d’autre part, des évolutions similaires peuvent être repérées au sein d’autres espaces linguistiques.

À l’échelle locale, nationale, voire transnationale, les disettes ont donné lieu à des controverses de longue durée relatives à leurs causes, à leurs mécanismes et à leur réalité même. Nous proposons donc de les regarder ici comme des « lieux de savoirs » conflictuels, où se reconfigurent les théories sur la pénurie et où s’inventent de nouvelles formes d’expertise en la matière. Plusieurs approches de ces controverses peuvent être combinées :

- Une approche par les théories, centrée sur les causes imputées aux situations de pénurie et, plus généralement, sur les manières de les interpréter (comme des faits naturels ou comme des faits sociaux) et de les concevoir (comme des événements conjoncturels ou comme des processus structurels).

- Une approche par les acteurs, visant notamment à mettre l’accent sur la confrontation, dans le temps de la controverse, entre des acteurs issus de différents « mondes » (savants, professionnels, administratifs, etc.).

- Une approche par les procédures, axée sur les modes de validation ou de disqualification des savoirs sur la pénurie, ainsi que sur les modes d’évaluation et de mesure de la rareté mis en place notamment par les États et leurs administrations au cours de la période envisagée (enquêtes, dénombrements, statistiques, etc.).

 

3) Les formes de régulation de la pénurie

L’ambition de cette journée d’études sera enfin de parvenir à articuler une réflexion sur la construction des savoirs relatifs à la pénurie avec une histoire de ses formes de régulation. En somme, la question que nous aimerions soulever est la suivante : comment gouverne-t-on des ressources, que ce soit des ressources naturelles, des productions agricoles et manufacturières ou de la main d’œuvre, en tenant compte du problème de leur rareté ou de leur raréfaction ? Cette question peut être abordé sous différents angles :

- Sous l’angle des dispositifs techniques et des mesures juridiques visant à prévenir ou à enrayer les situations de pénuries.

- Sous l’angle des juridictions spécialisées et des appareils administratifs encadrant les ressources, leurs usages, leur appropriation et leur circulation.

- Sous l’angle des projets et des expériences visant, soit à encourager l’usage de certains produits de substitution, soit à « multiplier » les ressources et à « procurer l’abondance », en particulier au XIXe siècle où l’on parle, par exemple, de « réempoissonner » la mer et les rivières, de « régénérer » la nature, de « reboiser » les montagnes ou de « repeupler » certains territoires.

Cette rencontre entend donc réunir des chercheuses et des chercheurs issus de différents horizons historiographiques autour du problème de la pénurie. À travers la présentation de toute une série de cas de « disette », nous souhaiterions qu’elle permette d’engager une réflexion collective sur la manière dont la nature, mais aussi la population elle-même, en sont venues progressivement à être considérées, et gouvernées, comme des ressources.

 

 

Programme

9h. Romain Grancher (LabEx HASTEC/EHESS, CAK), Alice Ingold (EHESS, CRH) et Marie Thébaud-Sorger (CNRS, CAK/Maison française d’Oxford) : Introduction

 

Session 1. Approches économiques de la disette

9h30. Steven Kaplan (Cornell University)
« Disette “réelle” et disette “d’opinion” : l’épistémologie de la pénurie »

10h. Jérôme Jambu (BNF/Université de Lille 3, IRHIS)
« La disette monétaire dans l'espace colonial américain (XVIIe-XVIIIe siècle) : du discours aux réponses »

10h30. Discussion ouverte par Anne Conchon (Université Paris 1, IDHE.S)

 

11h-11h15. Pause-café

 

Session 2. Disettes et ressources de la terre

11h15. Laurent Herment (CNRS, CRH)
« À propos de la pénurie d’engrais (XIXe siècle) »

11h45. David Plouviez (Université de Nantes, CRHIA)
« “Je ne dois pas vous taire que le port est entièrement dépourvu de bois…”. Représentations et réalités à propos de la disette des bois de construction navale en France au XVIIIe siècle »

12h15.  Discussion ouverte par Caroline Ford (UCLA)

 

13h-14h. Déjeuner

 

Session 3. Disettes et ressources de la mer

14h. Solène Rivoal (Université Aix-Marseille, TELEMME)
« D'une pénurie à l'autre : Venise entre disettes de poissons sur les marchés et fragilité des ressources halieutiques (XVIIIe siècle) »

14h30. Romain Grancher (LabEx HASTEC/EHESS, CAK)
« Le pêcheur comme produit de la mer. L’État et les communautés littorales face à la disette des matelots (France, XVIIIe-XIXe siècle) »

15h. Discussion ouverte par Monica Martinat (Université Lumière Lyon 2, TRIANGLE)

 

Session 4. Les communs face à la disette

15h45. Alice Ingold (EHESS, CRH)
« La pénurie, un dispositif d’exclusion du partage de l’eau ? France, XVIIIe-XIXe siècle. Comment le droit et l’histoire charpentent la réalité du fleuve »

16h15. Discussion ouverte par Philippe Minard (Université Paris 8, IDHE.S/EHESS, CRH)

 

16h30-17h30. Discussion générale ouverte par Steven Kaplan (Cornell University)

 


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