CECI n'est pas EXECUTE Koyré : Politiques et pratiques de l'interdisciplinarité

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Politiques et pratiques de l'interdisciplinarité

Deuxième atelier: Institutions vectrices de l'interdisciplinarité. 23 mai 2016, 9h45-16h30, Centre Alexandre-Koyré (27, rue Damesme, 75013 Paris, 5e étage)

Politiques et pratiques de l'interdisciplinarité

Institutions vectrices de l’interdisciplinarité

 

9h45: Accueil des participants.

 

10h00-10h30: Introduction du 2e atelier (Wolf Feuerhahn et Rafael Mandressi).

 

10h50-12h: Émergence, appropriation et transformation d’un programme interdisciplinaire : la sociologie de Louis Dumont (Roland Lardinois, CNRS, CEIAS.)

La sociologie de l’Inde de Louis Dumont, élaborée dans les années 1950 et 1960, a profondément bouleversé la connaissance de cette société en ayant pour projet explicite de faire confluer la sociologie empirique avec l’indologie, c'est-à-dire l’étude des textes de l’Inde ancienne. Ce projet a trouvé son ancrage institutionnel à la VIe section de l’École pratique des hautes études, créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et où Louis Dumont, nommé directeur d’études en 1955, y a fondé le Centre d’études de l’Inde. Or, depuis le XIXe siècle, les études indiennes s’étaient développées d’abord au Collège de France, puis au sein des IVe et Ve sections de l’EPHE et, enfin, à la Faculté des lettres de l’université de Paris. En outre, ces enseignements étaient déjà organisés collectivement autour de l’Institut de civilisation indienne fondé par Sylvain Lévi, en 1927, et rattaché à la Sorbonne.

La création du Centre d’études de l’Inde, qui réunissait des chercheurs en sciences sociales et des philologues, introduisit dans les études indiennes un clivage qui n’était pas du seul ordre institutionnel. Les pratiques disciplinaires constituées de la philologie sanskrite et de la sociologie étaient interrogées pour être redéfinies et mises au service d’un projet intellectuel qui avait pour ambition de proposer à la fois une nouvelle compréhension de l’Inde et une nouvelle pratique de la sociologie ou de l’anthropologie sociale.

On se propose de revenir sur cette histoire intellectuelle et institutionnelle en dégageant les enjeux de connaissance explicites et implicites qui sous-tendent la sociologie de l’Inde de Louis Dumont. On suivra les principaux acteurs de cette histoire, selon leur discipline et leur inscription institutionnelle, depuis les années 1880 et les travaux princeps de Sylvain Lévi et de Marcel Mauss sur le sacrifice qui informent explicitement le projet de Louis Dumont et les travaux des philologues qui l’ont suivi dans cette entreprise. Enfin, on pourra suggérer des pistes de réflexion pour comprendre les usages que des auteurs appartenant au courant de la sociologie dite pragmatique, en France, font de l’œuvre de Louis Dumont, souvent, au prix d’une méconnaissance des débats que cette œuvre a suscités dans l’étude d’une aire culturelle non occidentale.

 

12h-13h30: pause déjeuner.

 

13h30-14h40: L’interdisciplinarité : des pratiques aux injonctions. Autour de la création du Fonds national de la recherche scientifique (Géraldine Delley, Post-doc FNS, Institut d'archéologie, Université de Neuchâtel.)

La mise en place d’agences de financement de la recherche tel que le Fonds national de la recherche scientifique en Suisse (1952) a contribué à forger un discours autour de l’interdisciplinarité. Envisagée comme une pratique visant à échanger des compétences et à partager des appareillages parfois coûteux, l’interdisciplinarité constitue également une vertu morale qui participe, au même titre que l’internationalisme, à l’inscription de la science dans la modernité d’après-guerre.

Pour autant, les scientifiques n’ont pas attendu la création de ces agences de financement pour évaluer les apports heuristiques résultant d’échanges et de collaborations établies avec des chercheurs formés dans d’autres disciplines que la leur. Les termes de Hilfsdisziplinen et Hilfswissenschaften – que certains préhistoriens suisses utilisent dès avant les années 1950 – attestent par exemple de la volonté de nommer de telles pratiques qui renvoient, dans le cas de la préhistoire, à ses fondements épistémologiques. Une recherche rapide permet d’attester l’utilisation de ces notions et de celles de sciences annexes et auxiliaires dans d’autres domaines des sciences humaines, telles que l’histoire, la géographie et la psychologie, et ce dès la première moitié du 20e siècle.

Partant donc du constat que l’interdisciplinarité n’est pas une invention des années 1950, mais qu’elle devient plus attractive dès lors qu’elle est encouragée par des agences de financement de la recherche, nous tenterons de mieux comprendre comment s’articulent les notions de Hilfdisziplinen, Hilfswissenschaften, sciences annexes et auxiliaires avec celle d’interdisciplinarité comme injonction dans le discours des promoteurs d’une science moderne.

 

14h40-15h50: Jerome Seymour Bruner et l’interdisciplinarité au Center for cognitive studies de Harvard (Jean-François Goubet,École Supérieure du Professorat et de l’Éducation Lille Nord de France, RECIFES.)

Dans son autobiographie parue en 1983, In Search of Mind, Bruner revient sur l’aventure du Center for cognitive studies, dans les années 1960. Le climat dans lequel a eu lieu la création de cette unité est vite donné : “the magic universitary word in those days was ‘interdisciplinarity’ […] Border crossing was the heritage of the war years” (p. 63). Des psychologues, des linguistes, des philosophes, des mathématiciens, des anthropologues et mêmes quelques psychiatres, ajoute-t-il, ont contribué à poser de nouveaux jalons dans le Monde III, la carte de l’esprit objectif.

Dans cette présentation, je compte revenir sur le contexte intellectuel, politique et pratique de cette novation interdisciplinaire. Pour ce faire, je suivrai trois voies : celle de la lecture des œuvres contemporaines de Bruner à la lumière de l’interdisciplinarité ; celle de l’examen de la littérature critique et des notices biographiques qu’ont pu laisser d’autres membres du Centre pour mieux cerner ses apports et ses limites ; celle, enfin, de la consultation de rapports afin d’obtenir un éclairage davantage dirigé sur les pratiques interdisciplinaires (sous réserve d’accès aux sources avant mai 2016).

 

15h50-16h30 : discussion générale.

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